dans : Ethique

La technique de construction d’organoïdes est un des piliers de la biofabrication. Les organoïdes sont des outils de recherche sur les processus biologiques et notamment l’interaction des cellules au sein d’un organe.

Un groupe de réflexion thématique du comité d’éthique de l’Inserm s’est penché sur les enjeux éthiques de la recherche sur les organoïdes. Anne Dubart-Kupperschmitt (UMR_S 1193), responsable de deux « work-packages » du projet iLite (innovation in Liver tissue engineering - voir ici) en a fait partie. Parmi les personnes auditionnées, Jean-Charles Duclos-Vallée, coordonnateur scientifique d’iLite et président de l’IFBF (voir ici).

Nous reprenons ci-dessous les points clefs de la note du groupe de travail :

  • Ce qui caractérise un organoïde en tant que tel, c’est qu’il exécute certaines fonctions propres à l’organe dont il est l’organoïde
  • Les organoïdes s’organisent seuls, de manière spontanée
  • Un organoïde n’a pas les mêmes propriétés et les mêmes fonctions que l’organe. Il n’est donc pas correct de parler des organoïdes comme de mini-organes
  • Les organoïdes sont des outils de recherche qui n’ont pas encore d’application en thérapie
  • Il n’est pas toujours bien établi que les organoïdes soient un bon modèle pour le diagnostic et l'évaluation des thérapies
  • L’absence actuelle, dans la majorité des cas, de vascularisation et/ou d’innervation de ces modèles produits in vitro est une limite pouvant poser de sérieux problèmes
  • Quelle valeur morale accorder au vivant conçu comme un ensemble de pièces à assembler ?
  • On observe le passage d’un ordre naturel à un ordre artificiel, à savoir une ingénierie du vivant qui pour certains est moralement problématique en ce qu’elle dénote une attitude inappropriée de notre part
  • Actuellement aucune norme juridique ne régit les organoïdes qui permettrait notamment de déterminer avec certitude qui est le « propriétaire » ou le « gardien » de cet élément biologique
  • La science doit garantir une démarche critique exerçant un contrôle vigilant sur ses propres avancées prospectives et s’engageant à ne rien promettre qui ne puisse être acté.

Concernant le cas particulier des organoïdes de cerveau (cérébroïdes) :

  • La possession de caractéristiques comme la sensibilité ou la conscience est déterminante pour définir le statut moral des cérébroïdes comme celui de tout individu
  • La signification accordée aux termes « émotion » et « conscience » est essentielle pour appréhender le statut moral des cérébroïdes
  • Si une activité électrique en tant que telle ne saurait être équivalente à de la conscience ou à de la sensibilité, on ne peut exclure qu’une entité constituée de neurones possède des états mentaux puisqu’il existe des relations de corrélation et même de causalité entre le mental ou l’esprit et le cerveau
  • La conscience se rapporte à un « réseau de la conscience » qui reposerait sur la capacité du cerveau à maintenir une dynamique cérébrale cohérente. Ainsi c’est la synchronisation et la cohérence des interactions entre les aires du cerveau, condition non réunie actuellement au niveau des cérébroïdes in vitro, qui permet d'être conscient
  • L'identification des moyens disponibles permettant d'approcher la question du statut moral des animaux chez lesquels seront transplantés des cérébroïdes humains doit être envisagée concrètement

Le texte de la note du groupe de travail du comité d’éthique de l’Inserm est téléchargeable ici ou disponible ici sur HAL (archive ouverte pluridisciplinaire) ou directement sur le site de l’Inserm ici.